Même si

Même si

Même si je n’habitais pas Marseille, j’écrirais sur elle.

Parce que certaines villes ne vous lâchent pas. Elles s’installent dans un angle mort de la tête et restent là, à rôder. Marseille est de celles-là. Elle ne se laisse pas résumer, ne pose pas pour la photo, refuse obstinément d’être jolie de manière raisonnable.

J’aurais pu vivre à Lyon, à Bordeaux, dans une ville propre et bien peignée où le tramway arrive à l’heure. J’écrirais quand même sur Marseille. Sur ses immeubles qui ressemblent à des promesses non tenues. Sur la lumière de février qui n’existe nulle part ailleurs, sur cette façon qu’elle a de tomber sur la mer comme si c’était la première fois. Sur les gens qui parlent fort parce qu’ils ont des choses importantes, ou pas, à dire et pas de temps à perdre avec les périphrases.

Marseille est une ville qui exige quelque chose de vous. Elle ne vous accueille pas, elle vous évalue. Et si vous passez le test, si vous acceptez l’imprévu, le bruit, la beauté brutale, le vendeur de rue qui vous appelle “ma gazelle” avec une sincérité déconcertante, alors elle vous donne quelque chose en retour qu’aucune ville propre ne peut offrir.

Une matière.

Les écrivains cherchent toute leur vie une matière qui résiste. Marseille résiste. À la carte postale, au mépris, à la réhabilitation touristique, à elle-même parfois. C’est épuisant et c’est exactement pour ça qu’on revient, qu’on écrit, qu’on cherche encore le bon angle.

Je n’ai pas trouvé le bon angle. Je continue d’essayer. C’est ça, écrire sur Marseille.

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